Reunion régionale FNB à Laxou
Les éleveurs en ont assez de se serrer la ceinture
La Fnb a entamé un tour des régions pour faire un point de situation avec les éleveurs. Une hausse des cours est indispensable pour sortir l’élevage de son ornière économique. Encore faudrait-il que tous les acteurs de la filière travaillent dans le même sens pour profiter des opportunités qui s’ouvrent sur les marchés.
En vue de préparer sa stratégie syndicale de rentrée, la Fnb a décidé l’organisation de réunions régionales. Son président, Pierre Chevalier, était à Laxou le 30 août pour échanger avec les sections bovines des Fdsea du Grand Est.
Une crise qui perdure
Le président de la Fnb, Pierre Chevalier, évoque un point de rupture économique accentué par la sécheresse. «Les producteurs de viande sont confrontés à une crise de revenus sans précédent. L’augmentation continue des charges n’a pu être absorbée par une juste revalorisation du prix de vente de nos produits. Il faut trouver une réponse aux problèmes de trésorerie des éleveurs».
Le Grand Est ne fait pas exception à l’analyse de la Fnb. Les responsables régionaux tiennent cependant à souligner le caractère insidieux de la crise. Pour les Ardennes, Dominique Philipoteaux recadre la réalité de la situation locale. «Nous ne sommes pas en cessation de paiement, mais dans les exploitations spécialisées, les prêts d’investissement deviennent des prêts de trésorerie. Nous accumulons du retard dans la modernisation des exploitations». François Thomas, président de la caisse régionale Lorraine du Crédit Agricole, enfonce le clou. «Malheureusement, les éleveurs ont pris conscience qu’ils ont des faibles revenus. Il gèrent avec et nous devons être inquiets de ces investissements qui ne se font pas». Un malaise confirmé par les interventions de la salle. «On fait pour ne pas avoir de rappels sur les factures, on n'a pas de dettes mais c’est parce qu’on se serre la ceinture sur tout, y compris sur le privé» explique une déléguée viande de la Fdsea 54.
L’année blanche ?
Sur le court terme, la Fnb travaille avec la Fnsea pour obtenir des mesures d’accompagnement des pouvoirs publics. «Nous demandons une année blanche, c’est à dire le renvoi en fin de tableau des annuités avec la prise en charge des intérêts» explique le secrétaire général, Jean-Pierre Fleury. La Fnb refuse la perspective d’un plan constitué de nouveaux prêts de consolidation qui ne règlerait rien à la situation. Le secrétaire général de la Fnb interroge «Dans votre région, les éleveurs sont-ils prêts à se mobiliser dans les préfectures pour dire cela suffit ?». Sans exclure un plan d’aide ponctuel, les éleveurs du Grand Est revendiquent surtout une solution à long terme «il faut que les prix à la production augmentent».
Les prix devraient monter
La Fnb ne reste pas sans réponse sur cette interpellation. Le contexte mondial est favorable, comme l’explique Pierre Chevalier. «La Fao et l’Ocde prévoient une augmentation de 15 % de la consommation de viande dans les dix prochaines années. De nouveaux marchés d’export se créent depuis deux ans et le prix de la viande bovine progresse partout dans le monde». La stratégie est claire, il faut prendre les marchés. Encore faut-il que la filière française profite de ces opportunités. Le président de la Fnb dénonce l’attitude d’une partie des opérateurs qui refusent de jouer la carte de l’export. «Entraînés par Bigard et centrés sur le marché intérieur, ils ne veulent pas que le prix de la viande monte. Pourtant, une augmentation de 50 cts du kg chez le producteur ne représente qu’un euro par mois pour le consommateur. Ceux qui refusent sous prétexte qu’ils n’arriveront plus à vendre les animaux, nous mènent en bateau».
Une contractualisation qui peine
Conséquence directe du débat sur le prix, la contractualisation constitue un des autres motifs de dissension dans la filière. Depuis l’automne dernier, le dossier est en panne, bloqué sur la définition des coûts de production. La Fnb demande que le calcul du coût de production soit basé sur le prix moyen de marché des céréales et non pas sur le prix de revient de la culture comme le défend Coop de France Bétail et Viande. La perspective de la mise en place d’une aide à l’engraissement dans le cadre de l’article 68 en 2012 relance le débat. La Fnb plaide pour lier la nouvelle aide à une contractualisation sur cinq ans. «C’est indispensable pour éviter que l’aide ne soit récupérée par les acheteurs à travers une baisse des cours» insiste le vice-président de la Fnb Guy Hermouet.

L’équipe de la Fnb, de g. à d. : Dominique Daul (secrétaire général adjoint), Roger Lanfroy (trésorier), Philippe Nicolas (membre du bureau), Pierre Chevalier (président), Jean-Pierre Fleury (secrétaire général) et Guy Hermouet (vice-président), a réaffirmé que si le cap reste difficile il y a des perspectives pour la production de viande bovine en France.