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Comptes de l’Agriculture

Le revenu des agriculteurs s’est effondré en 2008

 

La chute du prix des céréales et des vins, combinée à l’augmentation des coûts de production a plombé le revenu des agriculteurs en 2008. Celui-ci a reculé de plus de 20 %.

 

Après l’embellie de 2007, le revenu agricole s’est effondré en 2008.  Selon la Commission des comptes de l’Agriculture, le revenu global par actif familial a reculé de 20,3 % par rapport à 2007.   Cinq points de plus que les précédentes estimations réalisées en décembre dernier qui prévoyaient un repli de 15,4 %.

Première explication à cette chute du revenu, l’effondrement du prix des céréales de 21,3 % en moyenne en 2008 après la flambée observée lors des deux campagnes précédentes. Et cela malgré une évolution favorable des volumes de production. Sauf pour les fruits et les pommes de terre, les conditions météorologiques de 2008 ont été favorables. Les productions de céréales ont été abondantes : les rendements ont été élevés et la suspension des jachères obligatoires a contribué à l’extension des surfaces ensemencées. Et pour le colza, les volumes commercialisés ont également progressé malgré une diminution des surfaces.  Pour le vin, la baisse des volumes (-5,6 %) n’a pas été compensée par la légère amélioration des prix. Conséquence, les vignerons ont vu leur revenu s’effondrer de 21 %  pour les producteurs d’AOC et de 34 % pour les autres vins.

Deuxième explication, le prix des intrants qui ont augmenté de près de 12 % en valeur pour la deuxième année consécutive. Les dépenses se sont alourdies particulièrement pour les engrais (+38 %) dont les prix se sont emballés et dont les achats ont augmenté en raison de l’expansion des surfaces. En 2008 également et pour la deuxième année consécutive, les dépenses pour l’alimentation animale ont enregistré une forte hausse (+15 %), la baisse du prix des céréales étant répercutée avec retard dans celui des aliments composés. La facture énergétique a également progressé (+20 %), car le prix des produits pétroliers s’est envolé jusqu’au mois d’août. Les achats de fongicides et d’herbicides ont également augmenté, tandis que l’emploi d’insecticides s’est fortement replié.

Le paradoxe des producteurs de lait

D’une façon générale, à l’exception du porc, la conjoncture des productions animales a été plus favorable avec une croissance de la valeur de la production de 10,9 % Le prix des volailles a progressé de 14 %, l’ensemble du bétail (bovins, ovins, caprins, équidés) affichant une hausse moyenne des prix de 4 %. Il n’en reste pas moins que sur longue période, la situation des éleveurs bovins viande et ovins apparaît particulièrement préoccupante, avec une seconde année consécutive de baisse pour les bovins et des revenus particulièrement faibles (10 000 €/actif), y compris pour les ovins dont le revenu 2008 s’est stabilisé.

Quant aux producteurs de lait, ils ont bénéficié en 2008 à la fois d’une hausse des livraisons (+3,6 %) et du prix (+14,9 %). Après cinq années de baisse, le prix à la production s’est redressé fin 2007 puis au premier semestre 2008, avant d’être entraîné dans sa chute par les produits laitiers industriels (beurre et poudre). Mais si le revenu des producteurs de lait a progressé en 2008, les pertes déjà observées en 2009 sont très supérieures à la hausse de 2008 selon l’Assemblée permanente des chambres d’Agriculture. Et les simulations effectuées pour 2009 font apparaître une chute du revenu comprise entre 26 et 40 % par rapport à celui de 2007, avec une hypothèse d’un prix moyen annuel de 280 €/1000 litres.

 

L’Europe sur la même pente

 

Comme en France, la croissance de la production agricole ne compense pas l’alourdissement des charges provoquées par le renchérissement des intrants. Le résultat agricole net par actif a diminué de 3,5 %, après avoir enregistré une hausse de 9,3 % en 2009. Les plus touchés sont les agriculteurs danois, belges et des pays baltes où la chute atteint plus de 20 %, suivis des agriculteurs français, allemands et espagnols (-15 %). En revanche, le revenu par actif a progressé au Royaume-Uni de plus de 15 % ainsi qu’en Roumanie, Bulgarie, Hongrie dont les cultures ont été sinistrées par la sécheresse en 2007.

 

La FNSEA demande un rendez-vous à Bruno Le Maire

 

« La FNSEA demande au Gouvernement et au nouveau ministre Bruno Le Maire de prendre ses responsabilités et de prévoir, comme en 2008, un rendez-vous sur le revenu agricole à l’automne ». En effet, après la chute de 2008, la situation qui se dessine en 209 ne fait que confirmer cette tendance. A la fois des baisses de revenu structurelles et récurrentes dans certains secteurs et des retournements de conjoncture liés au yoyo des prix, résultat inéluctable des politiques de dérégulation.

Pour redonner du souffle à l’agriculture française, la FNSEA préconise de « trouver des solutions à une hausse des charges de plus de 12 % et plus que jamais obtenir la vérité sur la formation des prix et des marges ».

Luc Guyau insiste pour sa part sur la nécessité de « préserver et de rénover les mécanismes de régulation et de filets de sécurité » face à l’extrême volatilité des prix agricoles.

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